« La Start-up, une utopie au travail ? » par Olivier Marty


Pour assister à la conférence mardi 13 à 19h, réservez votre place sur le site de La Gaîté Lyrique.

Par Olivier Marty, docteur en philosophie et Co-auteur de « La vie de Start Up. Du mythe médiatique aux réalités sociologiques »

C’est pour rendre compréhensible les mutations de la vie professionnelle que « Toujours Pas De Pétrole » organise une conférence sur le thème des relations au travail dans la nouvelle économie, entre utopies rêvées et réalités déjà bien présentes pour la génération Y. Cette conférence réunit des serial-entrepreneurs et des observateurs de la nouvelle économie, afin de mettre en commun les réalités de la nouvelle économie, comprendre les liens historiques entre révolution technique et révolution sociale. Voire, exprimer des rêves sur le travail de demain, au sein de ces laboratoires de l’utopie professionnelle que sont les Start Up.

Au XIX, l’industrie naissante dans l’Ouest européen et l’Est américain s’appuie sur des évolutions techniques : téléphone, moteur à explosion, chemin de fer et électricité sont la mécanique d’une nouvelle économie. Celle-ci s’accompagne d’une évolution sociale : les industriels font travailler des masses de prolétaires à rassemblés à l’usine, dans les faubourgs de grandes villes naissantes.
L’exploitation dénoncée par Marx puis les marxistes n’est cependant pas totale. Les superstructures idéelles qui s’appuient sur cette infrastructure technologique ne sont pas qu’une idéologie justificatrice. Elles sont aussi utopiques et réformistes.

Le genre littéraire de l’Utopie est revivifié par plusieurs penseurs qui veulent réformer les modes de vie au travail. Charles Fourier décrit le Phalanstère où chacun peut travailler en accord avec ses passions et où tous vivent en communauté. L’industriel Godin s’en inspira pour créer le Familistère, cité paternaliste où le patron organise le logement et l’éducation de ses ouvriers. Saint Simon décrit une société idéale où les artistes commandent aux savants et industriels, qui eux-mêmes remplaceraient les anciennes élites oisives (académies royales et clergé). Son influence sur Auguste Comte et l’élite de l’ingénierie française est vivace encore aujourd’hui.

Quels enseignements tirer de ces réalités historiques ? Il semblerait que les évolutions techniques entraînent des évolutions sociales et, en particulier, dans les façons de travailler. Un changement technique appelle un changement des mondes du labeur. Ces changements surviennent d’eux-mêmes ou, parfois, sont anticipés par les idéologues. Plus précisément les utopistes qui décrivent un monde eu-topique n’ayant pas encore lieu mais qu’ils décrivent dans un ailleurs imaginaire. L’histoire semble se répéter lorsque l’on observe l’évolution informatique des années 1980-2010 et ses conséquences sociales. Le lien entre l’évolution technique et les évolutions sociales d’aujourd’hui ressemble à celui d’hier, il s’agit bien d’une révolution : un tour de roue supplémentaire sur le chemin de l’histoire des modes de travail.

La nouvelle économie est un ensemble de nouveautés techniques (ordinateurs, téléphones, logiciels) et de nouveautés sociales (sociabilité en réseau, flexibilité,…). A nouveaux instruments de travail, nouvelles façons de travailler : décontraction (« cordialité » ? ), réactivité et ambiance survoltée, flexibilité des horaires et des métiers, nouvelles technologies et sociabilité en réseau, déterritorialisation, fusion des vies privée et professionnelle… Autant de réalités sociales qui marquent le quotidien des Start Up.

Les utopies qui accompagnent cette révolution trouvent cependant des lieux d’expression différents qu’au 19ème siècle. Le filtre éditorial qui ne donne accès au papier (de presse, de roman, de pamphlet) qu’à une minorité n’est plus. Chacun est libre de publier sur Internet ses propres idées sur l’avenir du monde du travail. La production même des connaissances légitimes n’est plus limitées à l’université et les académies officielles : les forums numériques, les wikis et les communautés se multiplient : les idées sont produites et consommées de manière polycentrique.


 

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